ET SI JE NE REVENAIS PAS?

Qu'adviendrait-il si je ne me réveillais pas de l'anesthesie?

L'hôpital m'a appelé cet après-midi pour me confirmer qu'il fallait que je sois là  demain matin a 7h30 car l'opération est planifiée pour 10h30.
Voila une semaine que je m'angoisse avec la question:
Et si je ne revenais pas?

Voyons, ça n'arrive pas. On se réveille une ou deux heures après et le tour est joué. Oui, mais si? Peut-etre une fois toutes les douze millions de fois? cette fois là  risque d'etre demain. Alors, n'est ce pas une raison suffisante pour vouloir rédiger son testament?
Quel testament?

Ai-je des millions à laisser?

Non, je n'ai rien. Au moins si je ne laisse aucun bien, je ne laisse non plus aucune dette. N'est ce pas là  la vraie richesse? De ne rien devoir.
Ces jours-ci, je gagne le dixième de ce que j'ai déjà gagné, et pourtant je ne m'en porte pas plus mal.
Physiquement. Mentalement, c'est une autre histoire.
Parce qu'on se sent amoindri parce qu'on ne rapporte plus, c'est plutot dangereux pour le moral.

Je partirais et il me resterait des dizaines, non des centaines de livres à lire. A l'heure meme, j'en ai huit, peut-etre neuf d'entamés.
J'ai lu un peu de chacun, en fonction des humeurs. Je veux tout savoir.
Mon plaisir est celui de m'enrichir de la sagesse des autres. Ils ont été là  avant moi, ils ont vu, vécu, connu, ressenti tant de choses qui ne m'ont pas encore été données de conna être.

Aujourd'hui, j'ai décidé d'ébaucher un début de thèse.
Et pourquoi pas?
Je n'ai pas terminé une maitrise en Théologie il y a 25 ans, car noblesse oblige, le travail me faisait voyager d'un océan a l'autre d'une façon plutot permanente, eh bien, aujourd'hui, j'ai le temps. C'est mon bien le plus précieux.
Le monde paie pour le temps. Tout ce que ces compagnies font, c'est de louer votre temps. Moyennant un prix, ce qu'il vaut a leurs yeux. Si c'est mon bien le plus précieux, je devrais le chérir, m'en servir pour me faire plaisir, pour m'enrichir a ma guise et non pour enrichir un autre.
Quoique si j'écris et que ce que je dis a du bon sens et que quelqu'un y trouve a gagner, cet autre s'est enrichi a mes dépens. Dans ce cas, je ne vois pas d'inconvénients car j'aurai réussi a vendre cette personne à  ma cause et faire d'elle une extension de moi meme.
Si je me crois foncièrement bon et souhaite que d'autres le deviennent par l'exemple que je donne, allons y!
Pourquoi pas?

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Les minutes s'écoulent, voila un quart d'heure que je me parle et mon testament n'avance pas.
J'ai commencé par me plaindre du fait qu'il y aurait tant de livres que je n'aurai pas lus si je partais. Puis-je ajouter qu'il y aurait aussi tant de filles que je n'aurais pas prises dans mes mains, que je n'aurais pas sautées, comme on dit.
Eh oui, c'est quand on vieillit, quand on est prèt du départ qu'on réalise non seulement ce qu'on a manqué mais pis, ce qu'on va manquer.

Oui! J'ai une femme, des enfants et une petite fille. C'est elle qu'il me fera le plus de peine de perdre, J'aurai tant a lui enseigner. Tout ce que j'ai manqué avec mes propres enfants vu les vicissitudes du quotidien, Ce maudit quotidien qui nous a rendu esclave et qui fait de nous des robots, qui nous déshumanise.
Pourquoi?
Parce qu'il faut payer l'hypothèque, la bagnole, les factures?
Nous sommes tous la victime d'un système que nous avons mis en place et qu'il nous faut entretenir.
J'ai une job. Je ne veux pas la perdre car comment pourrais-je rencontrer mes fins de mois? Alors, je lèche le cul du boss, je me laisse violer dans mon amour propre, je fais souvent ce qui me déplait, que ce soit du temps supplémentaire non rémunéré ou une corvée quelconque.
Gr?ce au ciel, j'ai passé cette étape, mais je vois autour de moi d'autres en souffrir, mon gendre, mon fils, quelle honte?

JJe crois que si je ne revenais pas, je ne m'en plaindrais pas beaucoup car j'avoue avoir été plus chanceux que la moyenne.
J'ai assez bien vécu, beaucoup voyagé, j'ai connu 4 des 5 continents (excepté l'Océanie quoiqu'une petite escale a Hawaii au retour du Japon),J'ai vu du beau monde, j'ai appris plusieurs langues que j'ai conversé avec des milliers de gens.
Je me suis souvent mis a leur diapason, j'ai toujours cru que c'était à moi de m'ajuster aux autres. Je ne leur demandais pas de se mettre a mon niveau, mais moi je me mettrai au leur. Je me suis trouvé dans des situations très cocasses parfois très dangereuses. J'ai connu le go?t du risque, j'ai go?té a des plaisirs défendus. Rio! Oh Rio, comme je t'aime.

Au fait, si je ne revenais pas, ma femme et mes enfants me pleureront un peu et puis encaisseront mon assurance-vie qui leur garantira un meilleur avenir. J'ai toujours considéré que je valais plus cher mort que vif. Et pourquoi pas, qu'ils en profitent. Ils sont plus jeunes et resteront donc ici un peu plus longtemps que moi.
Ce serait une fa?on de battre le système.
Oui! J'ai toujours r?lé à devoir leur envoyer ces quelques $200 tous les mois. A un moment donné, j'ai pensé que je n'allais pas mourir, pourquoi engraisser ces saloperies de compagnies d'Assurance vie? Mais il était hors de question. Ma femme s'y opposait. C'est a se demander si elle ne voyait pas en moi un avenir plus sécurisant
Je lui pardonne.

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Ces jours ci, je pardonne tout, Pourquoi m'en faire?
Au fait j'ai des stocks tant aux USA qu'au Canada. Ca ne vaut pas des millions, mais qui sait, ça peut aider. Il y a de l'argent que j'ai a droite et a gauche, moi même oublie parfois ou il se trouve. Si je n'en dis rien comment le sauraient ils? Peut- être qu'un jour un courrier les en avertira. Ce sera un petit bonus?de papa qui est parti.

Il y a tant de guerres autour de nous que si je partais je ne pourrais en conna être le dénouement. Et moi qui voulait aider à en finir quelques unes.
Moi, qui vient d'écrire un article que j'ai intitulé
"A la recherche d'un GANDHI", tellement nous avons besoin d'un secours sur cette planète.
D'aucuns vous diront que nous allons vers l'éclatement de notre soci été, la déconfiture de nos infrastructures, la perte des valeurs jadis honorées. Où
est le respect de l'autre? Les Anglais disent bien "dog eat dog".

C'est a se demander parfois si on n'est pas mieux parti que resté sur place. Une fois parti, on oublie tout, rien ne nous dérange, rien ne nous ennuie. Une fois parti, on laisse les problèmes derrière soi. A eux de se démerder avec leur putain de monde.
Ils l'ont voulu,tant pis, moi, je m'en lave les mains.
Tout ce que je sais, c'est que je pars dans un trou et j'y resterai jusqu'a décomposition totale. Les histoires de ciel, paradis et enfer, je ne bouffe pas de ce pain la. Je laisse ça aux affamés de sensations fortes.
J'ai toujours dit que les immortels sont ceux qui ont laissé quelque chose derrière eux. Un livre qu'ils ont écrit, un édifice qui leur est dédié, une guère qu'ils ont livrée. Parmi ces hommes et femmes, il y a des bons et des moins bons. Souvent on pense a notre épitaphe, celle qu'on aurait souhaité voire avant de partir. Il faudrait bien que je m'arrète la dessus pour y penser dans mon cas.
"A l'écoute des gens"?oui j'aime les écouter

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"Celui qui vous a aidé Ă  résoudre votre problème"? ça aussi, je l'ai souvent fait
"Au plus tolérants des visages pales"?car quoique que confrontés a d'autres couleurs, je n'ai connu aucune difficulté.

Je parlais tantôt de cette thèse que je voulais ébaucher.
Il y a un fait intéressant, il me suffit d'entendre une petite phrase, des fois un mot pour que celle-ci ou celui-ci me mette le cerveau en marche et commence la cavale. Des phrases se forment, je dois courir les écrire. D'ailleurs, cet écrit-ci, il y a maintenant une heure pendant que je me rasais, je commençais déjà a composer des phrases. Ca presse.

J'ai parlé de "A la recherche d'un GANDHI"eh bien c"est parce qu'un ami m'a dit: Tu sais, il nous faut un Gandhi.
Plus tôt aujourd'hui, de retour d'une course le chiffre 7 s'est présenté a moi.
Ma belle-mère me donne $40 pour faire le plein et ma femme me donne $40 pour aller a l'épicerie. Le plein a co?té $33donc je lui dois 7 et l'épicerie a co?té $47 donc elle me doit 7. Je dis donc a ma femme de rembourser le 7 a sa mère.
Je pense a 7 et me dis: tiens, voila un sujet de thèse.
Je me mets a l'ordinateur et en une heure et demi, je déboule 7 pages. Du 7iem ciel au 7iem art des 7 bénédictions du mariage Juif a la guerre de 7 ans, des 7 bracelets en or que les musulmanes portent aux 7 b?ufs de labour, des 7 sages de l'antiquité au cactus mexicain qu'on appelle les 7 soeurs et ainsi de suite.
Quiconque veut s'instruire trouvera de quoi bouffer.

Nous sommes a table, je refile a ma fille les 7 pages que j'ai imprimées. Elle jette un coup d'oeil et me dit:"Mais a quoi ça sert tout ça?"Voulant dire, il n'y a rien de pratique pour moi dans toute cette information.
J'écoute et me demande. Si elle a raison, alors, j'ai tort. Si j'ai tort alors, je suis totalement a coté. Deviendrais-je sénile a écrire des imbécillités?
Or il y a une richesse que nous ne trouvons que dans des dictionnaires que le monde ne regarde même pas. Toute cette culture est là, je la mets a votre portée, de fa?on sympathique. Pourquoi la rejeter?
Une demi-heure plus tard, je montre le même document a l'amie de mon fils. Elle me dit: Que veux tu faire avec ça?
Le "ça" était méchant, comme "cette merde". Ma fille renchérit et lui dit: C'est ce que je lui ai dit. Donc 2 a 0
Le montrerais-je de nouveau? Peut- être.
Si quelqu'un y voyait de l'affirmative alors j'aurais un allié. Peut- être ne serais-je plus fou?

Si je devais partir, alors je n'écrirais plus et ce plaisir me sera ?té a jamais. Curieux, n'ayant pu avoir accès a l'ordi pour taper ce document, je l'ai écrit sur des feuilles. Celle ci porte le numéro 7
Vivement!
Ou en sommes nous de ce fameux testament?

Dois-je vraiment lister mes dernières volontés?
En réalité, je m'en fous. Une fois parti, on fera ce qu'on fera et ça ne changera rien.
Peut- être découvrira-t-on une partie de ma vie connue de personne sauf moi? Certains en seront choqués, d'autres surpris me découvriront sous un autre aspect.

J'ai encore une mère, un frère et quatre soeurs. Je sais qu'ils m'aiment tous, beaucoup. Eux souffriront de mon départ. Bien plus que ma famille directe. De mon coté, c'est le coeur, du coté de ma femme, c'est la tête, la raison l'emporte. Qui a raison peu importe!
Avec rétrospection, j'aurai voulu accorder une partie de cet 'héritage' que sera mon assurance-vie a mon frère. Je suis de onze ans son a?né et dés qu'il avait 2 ans, pour lui j'ai joué le rôle de père, au point ou pendant des années, j'ai appelé mon fils Ian, Henri du nom de mon frère.
Il ne me reste plus grand temps pour faire des changements quelconques car il est 21h30 et je rentre a l'h?pital demain matin. D'ailleurs ce texte écrit sur papier n'est lisible que de moi. Si je ne le transcris pas sur l'ordi ce soir, personne ne pourra le lire. Qu'ai-je donc accompli? A part me vider le coeur? Ma fille m'accompagne demain et restera avec moi. Elle a pris la journée de congé. Peut- être lui parlerai-je? Par contre, elle est trop comme sa mère, froide, la tête plutôt que le coeur. Brillante mais pas sympathique a une cause.

En tout cas, si ce soir devait être le dernier soir, je devrais faire l'amour a ma femme comme jamais. Je serai des plus doux pour partir en beauté. Il reste que faire l'amour est un de ces biens qu'il nous est donné de faire de notre vivant. Cet état d'extase et de plaisir devrait donner a réfléchir. Il ne dure pas longtemps mais il en est de même de toutes les belles et bonnes choses. Si le papillon n'était pas si éphémère le trouverons nous si agréable a regarder? Et pourtant le passage de vie a trépas restera souvent court.

Et maintenant je devrais peut- être considérer l'opposé de l'éventualité en titre.
A savoir "et si je devais en sortir"
Ne serait-ce pas là l'occasion de me mettre à vivre comme je le souhaite tant?
Peut- être que cet exercice pris a rebours me rendrait service et ferait de moi une meilleure personne. Peut- être devrais-je apprendre à vivre avec une certaine contrari été?
Devrais-je considérer qu'un sursis m'a été donné et conséquemment faire de mon mieux?
Dieu, que j'aurai tant aimé dire ouvertement aux gens ce que je pense d'eux sans risquer de leur nuire ou passer pour un imbécile.
Il est presque difficile de concevoir qu'une autre vie nous soit donnée et que nous pouvons maintenant la mener a notre guise, sans restriction aucune. Comme si nous avions déjà vécu une autre vie, appris d'elle ce qu'elle nous a appris et maintenant, enrichi de cette expérience, affronter une nouvelle vie.
Plus d'excuses telles: je ne le savais pas et c'est pourquoi j'ai agi ainsi.