LA PECHE

Je viens de mordre à pleines dents une belle grosse pêche que j'ai soigneusement choisi hier au magasin de fruits et légumes où nous allons régulièrement. J'ai acheté deux qui pesaient plus d'une livre. Et à les voir, elle valait chacune près d'un dollar. Et quel dollar!
Un plaisir infini que de croquer ce fruit miraculeux. J'en avais la bouche satisfaite au plus haut point. Trouver du plaisir dans un tel acte est certes loin du commun, mais de nos jours, par ces temps de pandémie Covid 19, qui ne chercherait pas une satisfaction quelconque.
Et je l'ai trouvé! Au diable le reste du monde! Ma pêche et moi sommes très heureux. Car oui, elle me l'a dit. Elle aussi a ressenti le plaisir de se faire bouffer par quelqu'un qui ne demandait rien de plus qu'un soulagement, une sensation hors paire, de quoi sortir de l'ordinaire et voguer vers des temps meilleurs.
Au bout du compte, il ne me restait plus qu'un beau gros noyau. Je le regardais et l'enviais d'avoir eu à vivre avec cette beauté qui l'enveloppait.
Oui, je lui ai soustrait sa compagne mais il ne m'en voulait pas, sachant combien j'étais heureux.
Il semblait aussi me dire: dommage que tu vas me jeter car si j'étais bien traité, un jour je serai un bel arbre qui encore une fois te fournirait des pêches que tu aimes.
Et tout ce plaisir ne m'a coûté qu'un malheureux dollar. Qui dit mieux? De nos jours, on dépense des fortunes à droite et à gauche et l'on ne se fait même pas plaisir.
Or, ce dernier n'est même pas une activité, plutôt une sensation, un feeling, un ressenti( un mot inventé) Dans mon cas c'est loin d'être un état affectif à la satisfaction d'un désir ou d'un besoin.
La pêche était là, au magasin, elle m'a fait un clin d'œil et m'a invité à l'accaparer. Simple.
Si la douleur est l'opposé du plaisir, j'avoue n'avoir connu aucune douleur. Plutôt que quelqu'un, c'est quelque chose qui m'a causé un plaisir des sens.
Je me suis donc fait plaisir à moi-même, sans intervention aucune. Ce fruit à donc provoqué en moi une émotion agréable, une joie, une satisfaction. Et si je devais ajouter cette petite expérience aux plaisirs de la vie, alors pourquoi pas?
Ce fameux fruit que mon père nous achetait quand nous étions jeunes, que nous aimions beaucoup et mangions ensemble. Le tout commençait par un processus fort délicat pour savoir si l'intérieur de ce fruit était bien rouge et sucré. Je me souviens voir mon père le palper des deux mains, le porter vers son oreille et presser les extrémités pour entendre un petit bruit. Dès que le bruit de faisait entendre, cela voulait dire que cette pastèque est bonne. Il la prend et se dirige vers la maison. Nous voila tous réunis autour de ce merveilleux cadeau. Et maintenant il faut couper la pastèque. Encore une fois il y a plusieurs façons de faire cette opération. Mon père la coupait en deux en son milieu. Il prenait une moitié et la coupait encore en deux. De ce quart, il décidait de faire des tranches plus ou moins égales, coupant d'un côté à l'autre. Nous avons maintenant cinq à six tranches et chacun en obtenait une. Le moment de savourer, c'est lorsque nous nous jetions à pleines dents dans ce quartier qui nous a été réservé.
A mesure que j'écris, je ressens cette sensation d'un fruit doux et sucré, plein de jus et d'eau qui saute partout. Nous en avons la bouche pleine. Et l'exercice reprend de nouveau jusqu'à ce qu'il ne reste que la partie verte de la pastèque que nous devons maintenant jeter. Si l'on a encore faim, on attaque une deuxième tranche. Ce que nous faisions tous, pendant que notre père nous voyait tous émerveillés.
Une fois cette distraction finie, oui, parce que c'est une belle distraction, on prend la deuxième moitié qui va trouver sa place au réfrigérateur en attendant la prochaine étape. Aujourd'hui, quand je m'apprête à acheter une pastèque, au lieu de la porter à mon oreille et de presser les deux extrémités comme papa faisait, je la tapote gentiment avec la paume de la main un peu recroquevillée, pour essayer d'entendre in petit bruit qui est la sensation d'un bon fruit. Après le plaisir de la pêche, celui de la pastèque a aussi son mot à dire. Je viens d'ajouter un autre plaisir de la vie.
Ah! Elle ne m'a pas laissé dormir cette nectarine. Depuis que je lui raconte l'ode à la pêche que mon ami Jacques Hadida a fait sur elle, elle n'a fait que m'embêter. Elle s'est mise à se plaindre tellement qu'elle nous a accusé de racisme: "Je sais, la raison pour laquelle vous préférez la pêche à moi-même c'est parce que vous savez que je suis une mutation (naturelle) de la pêche! Sachez très bien que parmi les milliers de mutations qu'un organisme peut avoir, de temps en temps, cette mutation peut être bénéfique. Et dans ce cas je déclare qu'elle a ete tres benefique car elle m'a rendu la peau lisse (pas la police) et a beaucoup ameliore ma saveur. De plus, je suis plus résistante aux bacteries et plus pratique et facile a manipuler et à transporter pour vous atteindre et délecter votre palais. Devant cette éloquence et détermination à défendre ses qualités, j'ai du présenter mes excuses, ou plutôt des excuses au nom de mon ami, car ce fut lui l'instigateur de cette polémique. J'ai quand même ajouté qu'elle (la nectarine) devrait être un peu plus tolérante et, étant donné son degré de cousinage avec la pêche, son indignation aurait du être un peu plus mesurée. Malgré cela elle n'a pas voulu me lâcher avant que je lui promette que je defendrai son cas devant mon audience (tres reduite) et que dans la hiérarchie de qualité elle précédera la pêche.
Moralité: la compétition et la haine n'est pas limitée aux êtres humains. Avec la participation d' Albert Danan
Si ce n'était de toi, comment aurions nous LE VIN.
Ce produit qui ajoute tant à la vie. Au fait savais -tu qu'entre toi et la RAISON, un I devient un O? Et ce O fait en sorte qu'à force de boire du raisin, on perd la raison (À.D) Et d'où viens-tu cher raisin, toi qui prend tant de temps et de soin avant que ton arbuste ne produise de si belles grappes. Ces dernières datent des temps bibliques quand elles étaient tellement grandes et grosses qu'il fallait plusieurs hommes pour les transporter. Et il a fallu dès les premiers jours plusieurs jeunes gens pour t'écraser en chantant pour sortir de toi ce jus qui a fini par nous enivrer. Vivement la récréation, après cette merveilleuse création. Il faut dire que tu viens en plusieurs formats et plusieurs couleurs. Petites, moyennes et grosses, rouges, vertes, douces et encore plus. Tu es si facile à manger, toute entière sans besoin de te soustraie ta pelure, comme c'est le cas pour d'autres fruits. Et dire que j'ai été témoin d'un homme ( mon père) qui se faisait le malin plaisir de t'ôter ta pelure et te manger toute nue pour mieux te savourer.
Je le regardais faire essayant de comprendre ce geste. D'ailleurs, je ne me souviens pas lui avoir demandé pourquoi il agissait ainsi. Raisin tu es, et raisin tu resteras et pour longtemps nous espérons tous . Tu as toujours existé et des hommes tels le fameux Bacchus ainsi que le Roi David t'ont vénéré. Ce dernier a été jusqu'à dire que le vin réjouit le cœur de l'homme.
Oui, tu les as satisfaits eux, et de nos jours tu en fais de même pour nous pauvres créatures. Il reste que tu es un petit fruit, si on te compare à la banane ou à l'ananas, mais la grandeur d'âme si elle ne se compare pas au nombre des années , elle n'a rien à voir avec la grosseur ou la petitesse. Tu es comme tu es et nous souhaitons que tu ne changes pas.