PROFITER DE LA VIE in English

Voilà donc une expression que j’ai entendu depuis mon enfance et adolescence que je n’ai jamais aimé.
Je ne sais pourquoi à chaque fois que je l’entendais autour de moi, surtout par mes quelques amis cette expression, je refusais de me joindre à eux.

Ma souvenance de mon passage à l’Ecole Normale me rappelle que  parmi mes amis de classe certains d’entre eux, de bons élèves, avaient des penchants égoïstes â savoir se faire plaisir. Qu'il s'agisse de fumer en cachette, de boire de la bière ou du vin quand l'occasion se présentait ou de faire en sorte de l’être.

Ces trois choses étaient inconnues à la majorité que nous étions et quand  nous demandions aux rebelles si ce qu'ils faisaient étaient bon, leur réponse était très simple: il faut profiter de la vie. Pourquoi ne ferai-je pas  ce qui me fait plaisir?

Nous ne savions  quoi répondre sinon de dire que c'est contre notre bon enseignement.

Conséquemment durant les cinq années  passées à l'Ecole Normale, je n'ai jamais fumé, jamais bu de bière ni fréquenté une fille. Et ce jusqu'à 19 ans. Je n'étais pas à la page et devenait religieux malgré moi. Et mes rebelles de me rappeler constamment: alors, tu sors avec nous, on va aller voir des filles ce week end.

Tous ces mots avaient pour moi un sens plutôt négatif. Aller s’amuser plutôt qu’étudier était pour moi un contre sens. Et j’ai maintenu cette attitude le reste de ma vie.
Bien des années plus tard, me rappelant ces moments, je me posais la question: qui avait raison et qui avait tort? Qui a profité de la vie et qui n'en n'a pas? Pour moi, ces quatre mots allaient à l'encontre de ma croyance. Il n'est pas question de profiter de la vie quand il y a tant à faire pour améliorer notre monde. 

Il faut dire que ma croyance n'a pas joué en ma faveur, car une fois l'école finie et me retrouvant dans un monde que je ne connaissais pas, il m'était compliqué de faire partie de la société. Au restaurant, je continuais  à manger cacher alors que les autres n'en faisaient pas cas. Je me souviens que lorsque je commandais une pizza sans viande, quand celle-ci arrivait, il y avait du pépéroni. Je la refusais et me faisait dire, ce n'est pas de la viande, c'est du pépéroni. Je la refusais encore et me copains riaient de moi.

Un million d'années plus tard, je dois honnêtement avouer que je n'ai pas su profiter de la vie durant ma jeunesse et ai ainsi manqué de ce que beaucoup d'autres ont connu. 
En revanche, j'ai développé différents choix. J'aimais lire et écrire. Je m'entourai de bouquins de toutes sortes, je voulais être sage avant mon heure.

Aujourd’hui à l’heure où à l’approche du double 7, je  me pose la question: ‘Avais-je raison de penser comme ça, me privant de petits plaisirs que mes camarades obtenaient? 
Je vais commencer à croire que j’avais tort et ai certes manqué plusieurs occasions de me faire plaisir.

Plaisir, oh le grand mot!
Et dire que j’ai  déjà lu que le plaisir est le principe qui guide notre vie, que c’est la chose que nous voulons le plus, que le plaisir est un instant qui nous exalte.
Pourquoi donc m’en suis-je privé?
J’avoue que la sagesse, dans notre vie vient plus tard et son manque durant notre jeunesse nous cause des préjudices que nous ne réalisons pas.

Plus j’y pense, plus je regrette tout ce que j’ai manqué. Les occasions étaient toujours là et je les rejetais, par obstination et surtout par dégoût. Profiter, ce verbe pour moi avait un sens péjoratif,  contraire à mes convictions . Je n’y voyais rien de constructif. Tirer profit de quelqu’un rend ce mot déplorable, au point ou le mot profit devient insalubre. Et que recherchent toute les compagnies du monde sinon tirer des profits non-stop?

J’ajoute, en  anglais ce mot exprime´prendre avantage de quelque chose ou de quelqu’un. Autrement dit, profiter d’une situation délibérément. Et cela va à l’encontre de mes principes du bien être d’autrui. Il n’est pas question que je vive de la générosité et de l’hospitalité des autres.

J’ai donc tellement manquer le goût de ce ´profiter de la vie´ qu’aujourd’hui, pour compenser tous ces manques, je me régale sans cesse de tous ces petits plaisirs que la vie n’offre au point où parfois, je m’en invente.

En guise de conclusion, je reconnais que nous sommes tous différents les uns des autres et c’est qui fait que le monde est ce qu’il est. Mes copains ont fait  ce qui leur a plu et j’ai fait de même ne les imitant pas. L’avenir sera là pour nous prouver si nous avons eu raison d’avoir pris telle ou telle décision.

Pour être honnête, je vais devoir ajouter un point quand en effet j’ai profité de la vie.
Dans les années 80, 90 et 2000, mon boulot consistait à travailler autour du monde. Donc, après plusieurs voyages en Europe, suivis par d’autres en Asie et enfin d’autres en Amérique  du Sud, je crois qu’à part le côté business, il y avait un côté plaisir que j’ai souvent côtoyé. 
En résumé, si je n’ai pas profité de la vie, jeune, j’avoue avoir profité bien plus tard.

Il fallait que je rapporte ceci pour être en règle avec moi-même.