QUE ME RESTE -T- IL?

Et  voila que rendu à mon âge, 76 ans et 8 mois, et je me demande à quoi cela  me sert-il d’être encore là?
Que fais-je qui vaille la peine?
Qu’y a-t-il pour me retenir si je devais disparaître?
Je crois sincèrement avoir fini ma mission sur cette terre.

Dans ma vie, j’ai beaucoup étudié, me suis enrichi culturellement, ai beaucoup travaillé sans nécessairement m’enrichir en dollars, ai beaucoup voyagé visitant plusieurs pays et villes, ai connu beaucoup de mode avec qui j’ai conversé dans au moins six langues.J’ai aimé tout cela et me voilà rendu à la sortie du tunnel. L’exemple ici est sympa quand je compare la vie à un tunnel qui est habituellement sombre jusqu’à sa fin. Et en effet parfois la vie n’est pas toujours rose. Il reste….

Je ferai volontiers l’inventaire de ceux et celles qui me pleureront et pas pour longtemps, car de nos jours on oublie vite. Et c’est tant mieux car chacun a ses propres problèmes. Et cela ne me dérange guère. Je pourrai me poser la question, à savoir que laisserai-je pour faire parler de moi?
Un héritage? Une fondation? Un édifice? Un livre? Une réputation?
Navré, rien de tout cela.

J’ai une grande famille, enfants, petits enfants, frère et sœurs, cousins et cousines un peu partout au monde, des amis et amies, un peu de paranté par association, des connaissances ici et là, comme tout le monde je crois, et me dis qu’une fois moi, parti, qui en fera son deuil?

Parlant de deuil, je viens de perdre ma sœur Esther , la deuxième après moi, voilà un mois et demi et je crois que dans mon cas, je garderai son deuil longtemps.  Nous étions huit avec mes parents et maintenant, nous ne sommes plus que cinq. Il paraît que c’est ça la vie, qu’on s’y fait et c’est pourquoi j’insiste pour dire que moi, parti, la vie continuera sans moi. Quelle importance avons-nous, chacun de nous? Nous nous croyons forts et beaux, respectueux, tolérants, aimables, gentils envers les autres, mais une fois partis, que reste-t-il?

Un fait curieux et embêtant est celui de me demander ; qui me pleurera vraiment? La question est drôle, peut être même stupide. Est-ce mon côté égoïste et vain qui me fait penser ainsi? Je ne serai pas là pour savoir, alors peu importe si on pleure ou pas! Je réalise combien nous humains sommes faibles. Pour qui nous prenons-nous? Sans grande importance dans la vie, donc encore moins dans la mort!
Je ferme ce chapitre plutôt désagréable.

Me voilà rendu au septième paragraphe de ce petit écrit,  moi qui n’avait aucune idée comment le commencer, encore moins comment le finir.
Au fait quelle était l’idée de cet écrit?
Oui, il s’agissait de ma vie qui s’écoule, de mon état un peu amorphe face à cette réalité, de mon souci de ce que je laisserai ou pas derrière moi. Je crois que l’adjectif existentiel s’appliquerait un peu à mon cas. Je suis persuadé que le mot existentiel est le bon mot car il signifie bien  ce qui ressort à l’existence en tant que réalité vécue.

Et maintenant,  vais-je conclure?   Conclure quoi?
Ah oui! Je voulais partir! Partir où? Quitter ce monde?
Ne vois-tu pas le plaisir que tu as à écrire?
Peu importe le sujet, l’important c’est cet exercice.
Quelle richesse que le dictionnaire! En cherchant le mot existentiel, je tombe sur exocet. Ce mot n’est familier car je me souviens que durant la guerre des Malouines( Falkland ), les Anglais ont lancé des torpilles exocet contre les bateaux argentins. Ce mot vient du poisson de même nom, qui vit dans les  mères chaudes, long de vingt à trente centimètres, qui accomplit des vols de 200 à 300 mètres hors de l’eau grâce à des nageoires pectorales extrêmement développées. L’exocet est couramment appelé ´´poisson volant’´.

Dois-je avouer ma satisfaction d’avoir en une petite heure débattu de cette idée qui me contrariait, m’ennuyait, me dérangeait, m’importunait, autrement dit qui m’embêtait . Le tout par finir par me convaincre que plutôt que partir, je devrai écrire encore plus.

And here I am at my age, 76 years and 8 months, and I ask myself, what is the point of me still being here?
What am I doing that is worthwhile?
What is there to hold me back if I should disappear?
I sincerely believe that I have finished my mission on this earth.

In my life, I have studied a lot, I have been culturally enriched, I have worked a lot without necessarily getting rich in dollars, I have traveled a lot visiting many countries and cities, I have known many people with whom I have conversed in at least six languages. I have enjoyed all this and here I am at the end of the tunnel. The example here is nice when I compare life to a tunnel that is usually dark until its end. And indeed sometimes life is not always rosy. There is still....

I will gladly take inventory of those who will mourn me and not for long, because nowadays we forget quickly. And it is so much better because each one has its own problems. And that does not bother me much. I can ask myself the question, what will I leave behind to make people talk about me?
A legacy? A foundation? A building? A book? A reputation?
Sorry, none of the above.

I have a large family, children, grandchildren, brothers and sisters, cousins all over the world, friends, a few acquaintances here and there, like everyone else I think, and I think that once I am gone, who will mourn  me ?

Speaking of mourning, I have just lost my sister Esther, the second after me, a month and a half ago and I think that in my case, I will keep her mourning for a long time.  There were eight of us with my parents and now there are only five. It seems that this is life, that we get used to it and that's why I insist that life will go on without me. How important are we, each of us? We think we are strong and beautiful, respectful, tolerant, kind to others, but once we are gone, what is left?

A curious and annoying fact is to ask myself; who will really mourn me? The question is funny, maybe even stupid. Is it my selfish and vain side that makes me think this way? I won't be around to know, so it doesn't matter if we cry or not! I realize how weak we humans are. Who do we think we are? Not very important in life, even less in death!
I close quickly this rather unpleasant chapter.

I usually write about ten paragraphs not to annoy the reader, but here after six of them, it seems it is enough, considering they are not very rosy.
How curious, I started writing at 76+8 and today  I am 77+10 and life goes on.


Here I am on the seventh paragraph of this little piece of writing, I had no idea how to start it, let alone how to finish it.
By the way, what was the idea of this writing?
Yes, it was about my life passing by, about my somewhat amorphous state in front of this reality, about my concern about what I will or will not leave behind. I think the adjective existential would apply to me to some extent. I am convinced that the word existential is the right one because it means well what comes out of existence as a lived reality.

And now, shall I conclude?   Conclude what?
Oh, yes! I wanted to leave! To go where? To leave this world?
Don't you see the pleasure you have in writing?
No matter what the subject is, the important thing is this exercise.
What a richness the dictionary has! While looking for the existential word, I find exocet. This word is familiar to me because I remember that during the Falklands war, the English launched exocet torpedoes against Argentine ships. This word comes from the fish of the same name, which lives in the warm waters, twenty to thirty centimeters long, which accomplishes flights of 200 to 300 meters out of the water thanks to extremely developed pectoral fins. The exocet is commonly called "flying fish".

Must I confess my satisfaction to have debated in one hour this idea which was annoying me, in other words which was bothering me. All of this ended up convincing me that rather than leave, I would have to write more.