UN BEAU JOUR, IL FAUDRA PARTIR ANGLAIS

Cette petite phrase m’a réveillé ce matin.
Je ne suis précipité vers mon  IPad avant de l’oublier.
Je me suis même demandé: Partir  où? 

Pourquoi dire que ce sera un beau jour, alors qu’il annoncera celui de ma mort. La MORT, oh le grand mot! Et pourtant depuis les jours de mon BEPC, je me suis habitué à cette idée après avoir lu les Stoïques.

Que dit le Stoïcisme de la mort?

Pour les Stoïques, le corps et l’âme finissent leur voyage à la mort. Les Stoïques conçoivent la mort comme un retour permanent vers la nature. A la mort, le corps se décompose et l’âme retourne au cosmos ou la nature. Quant à l’inévitabilité de la mort, les Stoïques pratiquent le principe du MÉMENTO MORI, c’est à dire : ״Souvenez- vous, vous allez mourir״.
C’est bien Socrate qui a dit que la pratique propre de la philosophie n’est ´rien d’autre que de mourir et être mort’ . D’ailleurs, dans  les textes des premiers Bouddhistes le terme le plus proéminent est « maranasati » qui se traduit par «Souvenez-vous de la mort»

Peut-être qu’après presque soixante ans après ce fameux BEPC,  cette idée commence à faire du chemin dans mon esprit.
Je vais essayer de montrer au monde qu’il n’y a pas à s’en faire et que ce moment ne doit pas être douloureux.

J’ai lu quelque part un passage assez intéressant qui dit que la mort n ´est pas la fin de tout puisqu’il y a le souvenir, que celui ci est la plus formidable de toutes les forces spirituelles. J’ai cru comprendre qu’il y a un jeu entre le temps et la vie. Il repose tout entier sur un mystère effrayant: quand il n’y aura plus rien, il y aura et quelque chose et la mort elle- même n’efface pas le souvenir.

J’aurai tant à dire sur le souvenir , à savoir quill n’est rien d’autre qu’une espèce d’imagination qui ne finit jamais de naître de ses cendres. J’ai lu un mot sympathique d’Omar Khayyam qui disait qu’après la mort ton sommeil sera bref et tu renaîtras dans un souffle d’herbe qui sera piétiné ou dans une fleur que le soleil flétrira. L’après mort n’est pas une attente illimitée d’une éventuelle résurrection mais une immediate réincarnation en un autre être vivant ici-bas. Or, même si un brin d’herbe est plutôt tranquille, je ne peux accepter cette interprétation.

Nous devons donc priver la mort de l’avantage qu’elle a sur nous. Nous devons la priver de son étrangeté. Fréquentons la. Habituons nous a elle.

Un certain Pierre Dac a dit quelque chose que j'ai trouvé sympathique, que la mort n’est , en définitive , que le résultat d’un défaut d’éducation puisqu’elle est la conséquence d’un manque de savoir vivre.
Quant à moi, si le monde existe depuis quelques milliards d’années, je prétends que je ne meurs pas même si chaque seconde évanouie est un pas vers la mort. Oui, je suis un grain de sable dans cet univers parmi les étoiles et je vis encore.

Jusqu’à Marc Aurel qui a posé la question : Qu’est- ce que la mort?
Quelqu’un qui la voit tel quel et qui applique le pouvoir analytique de son esprit, qui dépouille la mort des images qui s’y associent conclura que ce n’est rien de plus qu’une fonction de la nature et que si quelqu’un a peur de cette fonction de la nature, alors il n’est qu’un enfant. Et la mort n’est pas seulement une fonction de la nature, mais aussi un bénéfice.
A un moment donné, nous voyons la mort face à face et la percevons comme étant le passage vers une continuité inconnue et incompréhensible.

Sur son lit de mort, l’individu voit les personnes autour de lui l’invitant à partir. Et ce départ sera plus facile si il se raisonne pensant qu’il quitte cette vie sachant que ses amis à qui il a dévoué tant d’efforts le veulent hors de leur chemin en mourant. Pourquoi donc rester plus longtemps sur cette terre?

N ´est- il pas vrai qu’au moment de la mort, nous voyons notre vie se dérouler devant nos yeux en un instant. La mort au fond n’est pas une si grande perte.
La plus grande perte est ce qui meurt à l’intérieur de nous pendant que nous vivons. Les Boudhistes, eux , on leur apprend à méditer sur leur mort et refléter cette inévitabilité. Le dicton Juif dit bien que le seul vrai mort est celui qui a été oublié.

Jean d’Ormesson a dit un mot merveilleux: Là où il n’y a pas de mort, il n’y a pas d’amour car la mort et l’amour sont les enfants jumeaux de l’histoire et du temps. Comment ne pas être enchanté par tant de sagesse? Oui, je vis et vivrai toujours. Et je suis triste que certains se plaignent de la mort, car ils ne la connaissent pas. Il reste que la mort  peut être considérée comme la fin de tous nos divertissements, que ce soit la guerre ou l’argent, le voyage ou la religion, la peinture, la musique ,l’architecture ou le savoir. En réalité, tout ceci a un rapport avec la mort. Pourquoi la craindre?

Je refuse de penser que ma vie soit dominée par l’ombre de la mort et m’efforcerai de repousser l’idée de la mort par le jaillissement, par l’abondance,  par l’accumulation de la vie, alors que celle-ci est presqu’un processus d’amoindrissement.
Ce qui reste curieux serait que j’aurai tendance à penser que la mort est plus forte que la vie. Et après? Il faut que la vie soit bien forte pour nous faire oublier qu’on va mourir.
  
N’est-ce pas que le silence est plus fort que la parole? Que l’absence plus forte que la présence? Et après? Au fait, il n’y a pas de vie s’il n’y a pas de mort. A Khalil Gibran a dit bien avant moi que la vie et la mort ne sont qu’un, tout comme la rivière et la mer ne sont qu’un., alors vivons avec les deux!

D’Ormesson vient ajouter un autre point: il y a une définition assez célèbre de la vie: C’est l’ensemble des forces qui résistent à la mort. Ma définition a moi serait plutôt l’inverse: la vie c’est ce qui meurt. La vie et la mort sont unies si étroitement qu’elles n’ont de sens que l’une par l’autre.
Le secret de la vie, c’est qu’elle se confond avec la mort et qu’il n’y a pas de vie dès qu’il n’y a pas de mort. La vie est un chant d’amour que parce qu’elle est un chant de mort.

C’est Saladin qui avertissait ses compatriotes Musulmans du caractère éphémère de la grandeur humaine leur faisant réaliser que la mort réduira tous les honneurs et les richesses de ce monde, tous les plaisirs corporels ainsi que les gratifications , toute grandeur précoce, le tout ira au linceul.

Ce message semble plutôt désolant alors que que le réconfort entre amis, même si ils  sont dûs à mourir , leur amitié dans le bon sens sera présente voire immortelle.

Depuis que l’homme primitif a commencé à penser, les mots de nos ancêtres, supportés par leas actions et l’esprit de nos aïeux, ont  constamment laissé l’impression que la vie est la calamité de l’homme, pas la mort.
La mort semble donner la liberté à nos âmes qui s’éloignent vers leur propre maison où ils ne connaîtront  aucune calamité , mais étant confinés dans un corps mortel, partageant les misères, cette vérité, c’est la mort.

Avant de finir, je pourrai noter que c’est quand nous n’avons plus rien à attendre de cette vie que nous nous mettons enfin à penser à l’essentiel et à l’éternité.
Je vais ajouter un mot qui serait contraire à tout ce que j’ai écrit. Je vais l’écrire pour soulager ceux parmi nous qui ne sont pas d’accord avec moi? Ce mot, le voici: la Déclaration universelle des droits de l’homme adoptée par les Nations Unies après la deuxième guerre mondiale déclare que le droit à la vie est la valeur la plus fondamentale de l’humanité. Puisque la mort viole clairement ce droit, la mort est un crime contre l’humanité.

Et si la vie est une grande surprise, pourquoi la mort n’en serait pas une plus grande? Le proverbe Persan vous dira que la vie est un rêve dont la mort nous réveille.
Et enfin, si vous cherchez un compagnon, sachez que souplesse et flexibilité sont compagnons de la vie alors que dureté et rigidité sont compagnons de la mort.